2018-03-05

Jean-François Revel (1924-2006).




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    Simon Leys  

JFR 1
JFR 2
La nouvelle censure

Il existe toutes sortes de censures:
la censure d’État, officielle et préalable, ou officieuse et dissuasive; la censure sociale, qui exclut les non-conformistes des carrières, des places, de la “réussite”; l’autocensure, qui permet de faire des économies de temps et de personnel.

Mais on a rarement prêté attention à une forme non officielle de censure, d’autant plus redoutable qu’elle est sincère, se croît honnête et n’a pas conscience d’être censure: c’est la censure idéologique. Plus précisément, la censure idéologique en démocratie, donc ne disposant plus ou pas encore du bras séculier, et que je propose d’appeler “censure élargie”, cas particulier du “stalinisme élargi” que j’ai dépeint dans La Tentation totalitaire. Elle consiste, non pas à empêcher la diffusion des œuvres et des idées, puisqu’elle n’en a pas le pouvoir légal, mais à dissuader le public d’en prendre connaissance. Le lecteur, l’électeur ne sont pas invités à juger par eux-mêmes des arguments d’un auteur, mais à s’en détourner comme on se détourne du péché. Censure prophylactique, consistant à déconsidérer les auteurs dangereux pour la Foi, au lieu de les discuter; à les mettre à l’Index au lieu de les réfuter; à fanatiser le lecteur au lieu de l’éclairer.

J’ai voulu, dans La Nouvelle censure, étudier et présenter au lecteur le dossier complet, dans un cas déterminé, aujourd’hui, en France, des méthodes et stratagèmes de cette nouvelle censure.
La Tentation totalitaire

Revel est un historien renommé mais également un excellent écrivain. Ce livre qui date de 1976, dans un contexte d’un monde bipolaire encore bien établie, est toujours d’actualité. Si le contexte géopolitique et les avatars politiques ont considérablement changé, les hommes et leurs concepts idéologiques sont restés. En plus d’être une oeuvre politique, ce livre est d’une acuité psychologique rare; le portrait que dressent Revel des syndicats, des partis d’extreme-gauche, des biens pensants ou arrivistes démagogiques en tout genre pourraient parfaitement d’adapter au monde d’aujourd’hui…
Pourquoi des philosophes

Par zapata le 29 octobre 2014
Je n’ai jamais entendu parler de Revel pendant toutes mes études de philosophie (jusqu’au doctorat) et pour cause !Ce livre est à mettre entre toutes les mains des étudiants qui veulent se lancer dans des études de Philosophie surtout en France.
La publication de Pourquoi des philosophes en 1957 suscita une véritable révolution, aussi bien chez les philosohttp://blog.lefigaro.fr/le-fol/2013/05/revel-lhomme-qui-a-deniaise-les-elites-francaises.htmlphes que chez les non-philosophes. traîné dans la boue ou porté aux nues, ce livre constituait, au-delà du pamphlet de circonstance, une mise en question de l’essence même de l’activité philosophique.

Depuis, et après La Cabale des dévots (1962), qui en constitue la suite et réunit les réponses aux polémiques soulevées par Pourquoi des philosophes, de nombreuses rééditions sont venues confirmer l’influence des brillants pamphlets philosophiques de Jean-françois revel.
Réunis en un seul volume, et augmentés de textes complémentaires, ces deux essais ne constituent en fait qu’une seule œuvre qui demeure d’une étonnante actualité.
La connaissance inutile      Commentaires

Quel plaisir de revenir à une lecture de l’un des essais de Jean-François Revel, mon auteur de prédilection ! Cela faisait longtemps. Décalage frappant entre l’accès croissant à la connaissance et l’absence relative de progrès dans l’utilisation de ces connaissances accessibles.
A la manière toujours aussi brillante et percutante d’un Jean-François Revel, qui ose dire des vérités, en se basant toujours sur des faits avérés plutôt que sur des raisonnements fantasmés, un ouvrage qui n’a pas pris une ride.

Dans cet essai, le regretté académicien montre que si “la liberté de l’information est en pratique répartie de façon fort inégale sur la planète”, de même que la démocratie, sa diffusion toujours plus large et plus rapide (surtout au XXIème siècle grâce aux nouvelles technologies, j’ajoute), et malgré un accès de plus en plus égalitaire et généreux, notamment entre l’élite au pouvoir et les gouvernés, n’a pas forcément engendré plus de sagesse.

C’est ainsi qu’il pose une série de questions pertinentes, en particulier celle-ci : “Comment expliquer la rareté de l’information exacte dans les sociétés libres, d’où ont disparu en grande partie les obstacles matériels à sa diffusion, si bien que les hommes peuvent aisément la connaître s’ils en sont curieux ou simplement s’ils ne la repoussent pas ?”
Tant et si bien que “l’homme, aujourd’hui, lorsqu’il a le choix, n’est ni plus ni moins rationnel et honnête qu’aux époques définies comme préscientifiques”.

Et “aujourd’hui comme jadis, l’ennemi de l’homme est au fond de lui. Mais ce n’est plus le même : jadis, c’était l’ignorance ; aujourd’hui, c’est le mensonge”.

Et ce sont les différentes formes de mensonge que Jean-François Revel, avec le talent et la rigueur qui le caractérisent, nous propose d’étudier.
Pour commencer, il évoque le mensonge simple.
“Entre l’erreur involontaire et la tromperie délibérée, nous dit-il, s’étalent maintes variétés d’hybrides où les deux se mélangent selon tous les dosages possibles”. Et, malheureusement, “le besoin de croire est plus fort que le désir de savoir ; la mauvaise foi, par laquelle nous prenons la précaution de nous dissimuler la vérité à nous-mêmes pour être plus sûrs de notre fermeté quand nous la nierons devant autrui ; la répugnance à reconnaître une erreur, sauf si nous pouvons l’imputer à nos qualités ; enfin et surtout notre capacité d’implanter dans notre esprit ces explications systématisées du réel que l’on nomme idéologies, sortes de machines à trier les faits favorables à nos convictions et à rejeter les autres”.
Il y a ensuite le mensonge pur, dont les Etats totalitaires sont adeptes, à l’image de ce que pratiquait abondamment l’URSS par exemple.
Et les exemples abondent à travers la planète. De l’affaire Lyssenko à notre Education Nationale en passant par de multiples autres domaines, falsification de chiffres, données (par exemple ceux avancés de manière ahurissante et tout à fait erronée sur la faim ; voir aussi sur le sujet La famine menace-t-elle l’humanité? de Jean-Philippe Feldman), faits, manipulations du vocabulaire ou des expressions utilisées, tels que “les pays riches deviennent de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres” (voir aussi, sur le sujet, Le mythe du fossé Nord-Sud : Comment on cultive le sous-développement de Yves Montenay ou encore L’aide fatale : Les ravages d’une aide inutile et de nouvelles solutions pour l’Afrique de Dambisa Moyo), très nombreuses sont les impostures à la connaissance et à la réflexion.
Nouveauté de notre époque, selon Jean-François Revel, le mensonge politique vise à tromper avant tout les opinions publiques, dont on sait qu’elles jouent un rôle central aujourd’hui (voir le rôle de la désinformation, notamment dans Petite histoire de la désinformation de Vladimir Volkoff), alors que le mensonge politique à l’ancienne visait à tromper d’autres gouvernements, ce qui est plus difficile aujourd’hui.

Ceci est particulièrement vrai dans les pays totalitaires, au sujet desquels Jean-François Revel revient longuement. Citons, à ce propos, son intéressante traduction du mot “glasnost”, que l’on a eu tort selon lui de traduire par “transparence”, alors qu’elle ne correspondait à rien de plus classique que la “divulgation” à voix haute ou “publication” de ce que tout le monde savait déjà et disait à voix basse. Or, “ces moments surviennent lors des successions, quand un nouveau dirigeant peut rendre responsable de l’état catastrophique de l’économie son prédécesseur et non le système”. Il s’agissait donc de “réduire un peu cet écart enre la fiction et la réalité, devenu si grand que le système même en était menacé de décomposition (…) Mais, dans la mesure où cette glasnost ne s’en prend pas à la cause véritable et ultime de l’échec global, à savoir le système même, elle ne met pas fin au mensonge fondamental sur lequel est bâtie toute la société”. Jean-François Revel parle ici de “mensonge totalitaire”.

Et, cette fois en parlant des démocraties, il émet l’idée suivante : “On entend souvent des citoyens de pays démocratiques louer un homme politique pour sa ruse, son art d’embobiner l’opinion et de duper ses rivaux. C’est un peu comme si les clients d’une banque en plébiscitaient le directeur pour ses talents de pickpocket. La démocratie ne peut pas vivre sans la vérité, le totalitarisme ne peut pas vivre sans le mensonge ; la démocratie se suicide si elle se laisse envahir par le mensonge, le totalitarisme s’il se laisse envahir par la vérité”.
“L’obstacle à l’objectivité de l’information, en démocratie, n’est plus ou très peu la censure, ce sont les préjugés, la partialité, les haines  politiques et intellectuelles, qui altèrent et adultèrent les jugements et même les simples constatations. Plus encore parfois que la conviction, c’est la crainte du qu’en-dira-t-on idéologique qui tyrannise et qui bride la liberté d’expression. Ce qui paralyse le plus, quand la censure a cessé d’exister, c’est le tabou”.
Et J.-F. Revel dénonce en particulier la mise sur le même plan, de la part de certains, du Nazisme et du Communisme, alors même que l’un est disparu depuis longtemps et l’autre encore actif (sans minorer, bien sûr, l’importance de la connaissance sur le sujet). Il reproche ainsi à ces gens-là de “pourfendre les cendres d’un passé que, par ailleurs, on ne veut pas vraiment connaître (ce qui fatigue moins que tenir tête au danger totalitaire bien vivant que nous ne voulons pas voir devant nous aujourd’hui” (rappelons que l’ouvrage date de 1988, avant donc la chute du Mur de Berlin).
Passant en revue ensuite les fonctions du tabou, puis celles très politiques (et très instructives) du racisme et de l’antiracisme, avec à chaque fois de très nombreux exemples très significatifs et instructifs, il traite ensuite du mensonge complexe et, après l’avoir définie de manière fort intéressante, de l’idéologie. Et ce n’est pas tout : Science, Education, culture, … multiples sont les champs d’application abordés dans ce livre admirable, très instructif sur un plan factuel et historique aussi, mais dont je ne saurais prolonger la présentation, sous peine d’avoir un commentaire encore beaucoup plus long.

Je n’ai qu’un conseil : lisez-le.
Un ouvrage extrêmement instructif, pour un thème d’une très grande actualité (et pour longtemps encore).                  071 8leu 9JFR  7fr 8menx

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